Le groupe s'appelle "Famille AGOSSOU". Vingt-trois membres. Des émojis, des prières, des promotions. Et Roméo, 27 ans, graphiste, le fils du milieu qui n'a jamais eu le bon diplôme, le bon poste, la bonne vie. Chaque message est un coup. Chaque félicitation adressée aux autres est un silence supplémentaire. Chaque "c'est joli mon fils" vaut mille mots qu'on n'a pas eu le courage de dire. Quand Roméo écrit "Puisque je n'existe pas pour vous, je vais vous faciliter la tâche" avant de quitter le groupe, la famille pense à une crise. Une sensibilité excessive. La jeunesse d'aujourd'hui. Ils ont tort. Trois jours après l'enterrement, le compte de Roméo se réactive. Des photos arrivent sur le groupe — Gildas endormi dans sa chambre, Joëlle sous sa douche, leur mère agenouillée en prière. Des photos prises de l'intérieur, de près, dans le noir. Un fantôme dans WhatsApp. Ou pire : quelqu'un qui a une clé. Le groupe WhatsApp est une plongée au coeur de la violence ordinaire des familles qui aiment en blessant — et de ce qui reste quand il est trop tard pour réparer.





