Le lac Nokoué ne pardonne pas. Il se souvient. Ce matin-là, cinq passagers montent dans une pirogue à moteur entre Cotonou et Ganvié, le village lacustre aux maisons sur pilotis. Vingt minutes de traversée. Une affaire ordinaire. Au milieu du lac, le moteur s'arrête. Net. Sans raison. Les pagaies refusent de mordre l'eau. Le réseau disparaît. La surface du lac, d'un calme absolu et contre-nature, ne laisse passer ni son ni mouvement. Il y a Armand, le vieux pêcheur qui connaît le lac mieux que lui-même et qui reconnaît ce silence pour l'avoir entendu dans la voix de son grand-père, une nuit, il y a longtemps. Il y a Mamie Céline et son panier serré contre elle. Il y a l'inspecteur Rodrigue et sa sacoche fermée à double cadenas. Il y a Nadia et sa petite caméra qu'elle n'a jamais vraiment rangée. Et il y a Pastor Williams, qui transpire et qui prie — mais qui transpire beaucoup trop. Le lac les a arrêtés. Le lac attend. Dans le huis clos humide et étouffant d'une pirogue immobile, les secrets remontent à la surface un par un. Et quand le dernier avoue enfin ce qu'il a fait au nom de l'argent et contre les siens, le moteur reprend — aussitôt, irrévocablement — comme si quelque chose en dessous avait simplement décidé que c'était fait. Silence sur le Lac est un thriller surnaturel ancré dans la réalité du Bénin contemporain, entre croyances vodoun et prédation économique sur les ressources naturelles.





