Un jeudi matin, en se brossant les dents, Lionel remarque quelque chose. Son reflet bouge — mais un dixième de seconde trop tard. Une fraction si petite qu'on pourrait l'attribuer à la fatigue, à la lumière, à n'importe quoi de raisonnable. Puis le reflet cesse de sourire quand il sourit. Puis la coupure de rasoir saigne du mauvais côté. Puis ses affaires se déplacent la nuit, quand les miroirs sont retirés du mur. Quelque chose l'observe depuis l'autre côté du verre. Quelque chose qui apprend. Le miroir est une nouvelle d'horreur psychologique sobre et implacable, ancrée dans la chaleur ordinaire d'un appartement de Fidjrossè à Cotonou. Elle pose une question que l'on n'ose pas formuler en se rasant le matin : si votre reflet décidait de prendre votre place, combien de temps faudrait-il à ceux qui vous aiment pour s'en apercevoir ? Et qu'adviendrait-il de vous, de l'autre côté ? Une nouvelle béninoise sur l'identité, le double, et la frontière fragile entre soi et son ombre.





